Vente immobilière

Vendre en copropriété : les documents Loi Alur à fournir impérativement

La mise en vente d'un lot de copropriété impose une transparence totale envers l'acquéreur. Depuis l'entrée en vigueur de la loi Alur, le dossier de vente s'est complexifié, exigeant la réunion de documents juridiques, financiers et techniques précis. Ce guide détaille chaque obligation pour garantir la validité de votre compromis de vente et protéger vos intérêts.

Julien Gabrielli

26/01/2026

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L'importance cruciale du dossier Loi Alur pour le vendeur

La Loi pour l'Accès au Logement et un Urbanisme Rénové (Loi Alur), promulguée en 2014, a radicalement transformé le paysage de la vente immobilière en France, particulièrement au sein des copropriétés. L'objectif premier du législateur était de renforcer l'information de l'acquéreur avant même la signature de la promesse ou du compromis de vente. En fournissant une vision exhaustive de la santé financière du syndicat et de l'état technique de l'immeuble, on évite les mauvaises surprises post-achat, telles que des appels de charges imprévus pour des travaux de ravalement ou de toiture.

Pour le vendeur, la constitution de ce dossier n'est pas une simple option mais une obligation légale stricte. Le défaut de présentation des pièces requises lors de la signature de l'avant-contrat entraîne des conséquences lourdes : le délai de rétraction de 10 jours de l'acheteur ne commence à courir qu'à partir du lendemain de la communication complète de toutes les pièces. En clair, si une seule pièce manque, l'acheteur peut se désister sans pénalité pendant des semaines, voire des mois.

Les documents relatifs à l'organisation de la copropriété

Règlement de copropriété et Procès-Verbaux

Le document de base est le règlement de copropriété (RCP), accompagné de tous ses modificatifs publiés au fichier immobilier. Il définit les règles de vie commune, l'usage des parties privatives et communes, mais surtout la répartition des millièmes (tantièmes) qui détermine votre quote-part de charges. Sans lui, l'acquéreur ne peut connaître ses droits réels sur le bien.

À cela s'ajoutent les procès-verbaux des assemblées générales (PV d'AG) des trois dernières années. Ces documents sont essentiels car ils révèlent l'historique des travaux votés, ceux à venir, et le climat social au sein de la copropriété. Ils permettent de vérifier si des litiges sont en cours ou si des travaux structurels ont été refusés de façon répétée par le syndicat des copropriétaires.

Le volet financier : Transparence sur les charges et les dettes

L'aspect financier est souvent le point le plus scruté par les banques et les notaires. Vous devez fournir le montant des charges courantes du budget prévisionnel payées par vos soins lors des deux exercices comptables précédant la vente. Il faut également préciser les sommes restant dues par le vendeur au syndicat et celles qui seront probablement dues par l'acquéreur.

Un élément clé introduit par la loi Alur est l'état global des impayés de charges au sein de la copropriété et de la dette vis-à-vis des fournisseurs. Si la copropriété est en difficulté financière (plus de 25% d'impayés), l'acquéreur doit en être averti formellement. Enfin, le montant du fonds de travaux attaché au lot doit être mentionné. Ce fonds, obligatoire pour les copropriétés de plus de 10 lots, est désormais transféré avec le lot sans remboursement au vendeur par le syndic.

Le pré-état daté, souvent facturé par le syndic, est le document qui synthétise ces données financières pour le compromis de vente. Anticipez sa commande car son obtention peut prendre plusieurs jours.

L'état technique de l'immeuble et les diagnostics

Le carnet d'entretien et le Dossier de Diagnostic Technique (DDT)

Le carnet d'entretien de l'immeuble doit être annexé. Il répertorie les dates des gros travaux effectués (ravalement, réfection de toiture, remplacement de chaudière collective) et les contrats d'assurance de l'immeuble. C'est le carnet de santé de la structure.

En parallèle, le vendeur doit fournir le DDT qui inclut pour les parties privatives : le DPE (Diagnostic de Performance Énergétique), l'amiante, le plomb (si construction avant 1949), l'électricité et le gaz (si installations de plus de 15 ans), les termites et l'ERP (État des Risques et Pollutions). N'oubliez pas le mesurage Loi Carrez, obligatoire pour tout lot de copropriété d'une surface supérieure à 8m². Une erreur de plus de 5% de la surface peut entraîner une baisse proportionnelle du prix de vente, même après la signature.

Le Diagnostic Technique Global (DTG) est obligatoire pour les immeubles de plus de 10 ans mis en copropriété ou sous le coup d'une procédure pour insalubrité. S'il existe, il doit impérativement être fourni.

Exceptions et cas particuliers : Ce qu'il faut savoir

Toutes les ventes ne sont pas logées à la même enseigne. Par exemple, si vous vendez une place de parking seule ou une cave (lot annexe), la liste des documents Alur est considérablement réduite. De même, les 'petites copropriétés' (moins de 10 lots et budget moyen inférieur à 15 000 € sur trois ans) bénéficient de certaines simplifications, notamment concernant l'obligation du fonds de travaux sous certaines conditions de vote.

Il est également important de noter le cas de la vente en bloc (vente de l'immeuble entier à un seul acquéreur). Dans ce scénario, les règles de la copropriété ne s'appliquent plus puisque l'entité 'copropriété' disparaît au profit d'une mono-propriété. Les documents requis seront alors ceux d'une vente classique de maison individuelle, avec une attention portée sur les baux en cours si l'immeuble est loué.

En cas de vente entre copropriétaires (si l'acheteur possède déjà un lot dans le même immeuble), certains documents comme le carnet d'entretien ou le règlement de copropriété ne sont pas obligatoires, car l'acheteur est censé en avoir déjà connaissance.

Les conséquences juridiques d'un dossier incomplet

Le risque majeur réside dans la nullité de la notification du délai SRU. Si le notaire fait signer un compromis sans la fiche synthétique de la copropriété ou les PV d'AG, l'acheteur pourra se rétracter le jour de la vente définitive sans aucun motif, car son délai de réflexion n'aura jamais légalement commencé. Pour le vendeur, c'est une perte de temps précieuse et un risque financier énorme si le marché baisse entre-temps.

De plus, la responsabilité civile du vendeur peut être engagée pour réticence dolosive s'il a volontairement caché un document important (comme un PV d'AG mentionnant un défaut structurel grave). Dans ce cas, l'acquéreur peut demander l'annulation de la vente ou une réduction drastique du prix, même plusieurs années après la transaction.

Conclusion : Anticiper pour vendre sereinement

La réussite d'une vente en copropriété repose sur une préparation minutieuse. Le dossier Loi Alur, bien que volumineux, est votre meilleure protection contre les litiges futurs. Dès la mise en vente de votre bien, connectez-vous à votre extranet syndic pour télécharger les documents de base et mandatez un diagnostiqueur certifié. Une transparence totale est le gage d'une transaction fluide et d'un acquéreur rassuré, prêt à s'engager au meilleur prix.

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