Les 10 points de contrôle impératifs lors d'une première visite.
L'achat d'un bien immobilier est souvent l'investissement d'une vie. Pour transformer un coup de cœur en succès patrimonial, une analyse technique rigoureuse est indispensable. Voici les 10 points impératifs.
Julien Gabrielli
26/01/2026
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1. L'examen approfondi du gros œuvre : Fondations, murs et façades
Le gros œuvre constitue l'ossature de votre futur logement. Lors d'une première visite, il est impératif de ne pas se laisser séduire par une peinture fraîche ou un home staging réussi, mais de se concentrer sur la stabilité structurelle du bâtiment. Une structure défaillante peut transformer votre rêve en gouffre financier. Commencez par observer l'extérieur du bâtiment. Les façades révèlent souvent l'histoire du terrain et du bâti. Cherchez activement des signes de mouvements de terrain, particulièrement fréquents dans les zones argileuses. Ces mouvements se traduisent par des fissures caractéristiques : les fissures en 'escalier' qui suivent les joints de maçonnerie, ou les fissures horizontales qui peuvent indiquer un cisaillement des murs porteurs sous la pression mécanique.
Il est crucial de distinguer les micro-fissures de faïençage, souvent dues au vieillissement de l'enduit, des fissures structurelles (plus de 2 mm de large). Ces dernières sont le signe que le bâtiment 'travaille'. Si vous observez des fissures qui traversent de part en part un mur, ou qui sont plus larges en haut qu'en bas, soyez extrêmement vigilant. À l'intérieur, vérifiez si les portes et fenêtres ferment correctement. Un ouvrant qui frotte ou qui refuse de se fermer est souvent le premier témoin d'un affaissement de linteau ou d'un tassement différentiel des fondations. Ne négligez jamais ces signes, car les travaux de reprise en sous-œuvre, comme l'injection de résine expansive ou la pose de micropieux, coûtent généralement plusieurs dizaines de milliers d'euros.
L'examen doit se poursuivre dans les zones non aménagées comme les sous-sols ou les vide-sanitaires. Un plancher qui n'est pas de niveau ou des solives de bois qui présentent des traces d'infestation (insectes xylophages) ou de pourriture cubique sont des points rouges majeurs. L'analyse du gros œuvre demande une certaine froideur émotionnelle : vous achetez avant tout une boîte dont l'étanchéité et la solidité doivent être garanties pour les trente prochaines années.
Si le bien se situe dans une zone classée à risque de Retrait-Gonflement des Argiles (RGA), vérifiez systématiquement si des études de sol ont été réalisées ou si des sinistres ont été déclarés par le passé.
2. La toiture et la charpente : La protection contre les éléments
Repérer les remontées capillaires et les infiltrations
Si le bien possède des combles accessibles, c'est un passage obligatoire. Munissez-vous d'une lampe torche. Inspectez les bois de charpente : ils doivent être secs au toucher. La présence de petits trous circulaires ou de fine sciure de bois indique la présence de vrillettes ou de termites. Un traitement curatif, voire un remplacement de certaines sections de bois, peut s'avérer nécessaire. Observez aussi l'alignement des pannes et des chevrons. Une charpente qui fléchit sous le poids de la couverture peut nécessiter un renforcement structurel complexe. Enfin, profitez-en pour évaluer l'isolation thermique : l'absence d'isolant ou un isolant tassé et humide signifie que vous devrez prévoir un budget pour l'isolation des combles, un investissement rentable mais immédiat.
L'inspection de la charpente et des combles
Refaire une toiture complète sur une maison individuelle de 100 m² coûte entre 15 000€ et 30 000€ selon les matériaux choisis. C'est un argument de négociation majeur si l'état est médiocre.
3. L'installation électrique : Sécurité et conformité
L'électricité est la cause de nombreux incendies domestiques chaque année. Lors d'une première visite, le tableau électrique est votre meilleur indicateur de la santé de l'installation. Un tableau moderne avec des disjoncteurs magnétothermiques et des interrupteurs différentiels de 30mA est un excellent signe. À l'inverse, si vous voyez des fusibles à fil ou des boîtiers en porcelaine, l'installation est d'époque et potentiellement dangereuse. Il ne s'agit pas seulement de conformité, mais de sécurité réelle.
Regardez l'état des prises et des interrupteurs dans chaque pièce. Sont-ils bien fixés ? Y a-t-il des traces de brûlures ou de chauffe ? La présence de prises de terre est fondamentale, surtout dans les pièces dites 'humides' (cuisine, salle de bain). Une installation sans terre augmente considérablement les risques d'électrocution. Dans les logements anciens, méfiez-vous des câbles gainés de tissu ou des circuits en plomb, qui sont aujourd'hui totalement proscrits. Une rénovation électrique complète implique souvent de réaliser des saignées dans les murs, ce qui nécessite ensuite de refaire l'intégralité des peintures ou des tapisseries. C'est un chantier 'cascade' qu'il faut savoir anticiper financièrement.
Le diagnostic électrique obligatoire (EDEL) annexé au compromis de vente liste précisément les anomalies. Demandez à le consulter dès la première visite pour chiffrer les travaux de mise en sécurité.
4. Performance énergétique et systèmes de chauffage
Avec l'augmentation constante du coût de l'énergie et les nouvelles réglementations liées au DPE (Diagnostic de Performance Énergétique), la performance thermique d'un bien est devenue un critère de valorisation essentiel. Un bien classé F ou G est considéré comme une 'passoire thermique' et subira des restrictions de location ainsi qu'une décote à la revente. Observez le mode de production de chaleur. Une chaudière fioul est aujourd'hui un handicap, tant pour son coût d'usage que pour son empreinte carbone. Le chauffage électrique par convecteurs de première génération est également très onéreux à l'usage.
Intéressez-vous à l'âge du système de chauffage et à son entretien. Une pompe à chaleur (PAC) installée récemment est un atout, mais vérifiez sa puissance par rapport au volume à chauffer. Pour l'eau chaude sanitaire, un ballon d'eau chaude entartré ou sous-dimensionné pour votre famille devra être remplacé. Ne négligez pas l'aspect confort : des radiateurs en fonte offrent une inertie thermique bien supérieure à des radiateurs en acier bas de gamme. L'isolation des murs par l'intérieur (ITI) ou par l'extérieur (ITE) doit également être scrutée. Tapez doucement sur les murs donnant sur l'extérieur : un son creux indique souvent la présence d'un doublage isolant.
5. L'humidité et la gestion de l'air
L'humidité est sans doute le problème le plus complexe et le plus coûteux à résoudre. Elle peut provenir de trois sources : les infiltrations (toit ou façade), les remontées capillaires (humidité montant du sol) ou la condensation (mauvaise ventilation). Lors de la visite, soyez attentif aux 'masquages' : un mur repeint récemment uniquement sur la partie basse, ou un meuble placé étrangement devant un recoin sombre. L'odeur est souvent votre meilleur allié : une odeur de terre ou de renfermé persistante doit vous alerter immédiatement.
Regardez les bas de murs. Des cloques dans la peinture, des sels blancs qui apparaissent (salpêtre) ou des plinthes qui se gondolent sont les signes cliniques de remontées d'eau par capillarité. Ce phénomène est fréquent dans les maisons anciennes sans barrière étanche à la base des murs. Le traitement nécessite souvent l'injection de résine hydrophobe dans l'épaisseur du mur, une opération technique et onéreuse. Dans les pièces d'eau, vérifiez les joints de silicone autour des douches et baignoires ; s'ils sont noirs, c'est que l'humidité stagne, signe d'une ventilation insuffisante.
6. Menuiseries et isolation phonique
Les fenêtres et les portes ne sont pas seulement des éléments esthétiques, ce sont des remparts contre le froid et le bruit. Inspectez le type de vitrage. Si le double vitrage est devenu la norme, la qualité du châssis (PVC, Aluminium ou Bois) influe sur la durabilité. Des fenêtres en PVC bas de gamme ont tendance à se déformer avec le temps, rendant l'étanchéité à l'air défaillante. Si vous entendez distinctement les bruits de la rue fenêtres fermées, c'est que l'affaiblissement acoustique est médiocre. Dans un environnement urbain bruyant, cela peut devenir une nuisance insupportable au quotidien.
7. L'environnement immédiat et le voisinage
Un bien immobilier ne s'arrête pas à ses murs. L'environnement impacte directement votre qualité de vie et la valeur future de votre patrimoine. Lors de la visite, observez la proximité des commerces, des écoles et des transports, mais soyez aussi à l'affût des nuisances potentielles. Un restaurant au rez-de-chaussée peut engendrer des odeurs et du bruit nocturne. Un terrain vague à proximité est peut-être le futur chantier d'un immeuble de cinq étages qui masquera votre vue et votre soleil. Il est impératif de se renseigner sur le Plan Local d'Urbanisme (PLU) pour connaître les projets de développement du quartier.
8. Plomberie, sanitaires et évacuations
La plomberie est souvent la grande oubliée des visites. Pourtant, une fuite encastrée peut causer des dégâts des eaux majeurs. Testez la pression d'eau en ouvrant plusieurs robinets simultanément. Une chute drastique de pression indique un réseau entartré ou sous-dimensionné. Observez la couleur de l'eau : une eau légèrement rousse au départ peut signaler des canalisations en acier galvanisé qui se corrodent de l'intérieur. Vérifiez également le mode d'évacuation des eaux usées. En zone rurale, si le bien n'est pas raccordé au tout-à-l'égout, la fosse septique doit être aux normes actuelles, sous peine d'une obligation de travaux coûteuse dans l'année suivant l'achat.
9. L'aménagement intérieur et les murs porteurs
Si vous envisagez de redistribuer les pièces, il faut identifier quels murs sont porteurs. Un mur porteur mesure généralement plus de 15 cm d'épaisseur. Le supprimer demande l'intervention d'un bureau d'études structure et la pose d'un IPN (poutre métallique), ce qui représente un coût significatif et, en copropriété, nécessite l'accord de l'assemblée générale. Évaluez aussi la fonctionnalité de l'espace existant : une grande surface 'perdue' en couloirs est moins efficace qu'un espace ouvert bien pensé. Regardez également l'état des sols : un parquet qui grince excessivement ou un carrelage fendu partout peut traduire un manque de stabilité du support ou une mauvaise pose initiale.
10. La santé financière de la copropriété ou du lotissement
Dernier point mais non le moindre : le cadre juridique et financier. Pour un appartement, demandez les trois derniers procès-verbaux d'assemblée générale. Cherchez les mentions de travaux à venir (ravalement, ascenseur, chaufferie) et vérifiez s'ils ont été payés par le vendeur. Des charges trop élevées par rapport aux services rendus sont un signal d'alarme sur la gestion de l'immeuble. Si vous achetez une maison en lotissement, vérifiez les règles du cahier des charges qui pourraient limiter vos possibilités d'aménagement (couleur des façades, clôtures, abris de jardin). Enfin, la taxe foncière doit être demandée systématiquement pour calculer votre budget mensuel global sans mauvaise surprise.
N'oubliez pas de vérifier le montant du fonds de travaux Alur, accumulé par la copropriété, qui peut être une bonne réserve pour des rénovations futures.
Conclusion : Devenir un acheteur averti
La première visite est un exercice de vigilance. Bien qu'il soit difficile d'atteindre l'exhaustivité totale en une seule heure, ces 10 points de contrôle constituent une base solide pour écarter les biens à risques et identifier les opportunités. Un acheteur qui pose des questions précises sur la structure, l'énergie et la copropriété montre son sérieux et se place en meilleure position pour négocier. Rappelez-vous : dans l'immobilier, ce que vous ne voyez pas coûte souvent plus cher que ce que vous voyez. Prenez le temps, prenez des photos, et n'hésitez jamais à solliciter une contre-visite avec un expert pour valider vos observations.
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